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Articles

Affichage des articles du octobre, 2019

Révolutions

Les révolutions font tomber les murs et tourner les étoiles. Pour Jean Descours, le mot « révolution » évoque immanquablement un ciel noir d’été au-dessus d’un plateau alpestre où les astronomes en herbe ont planté leur tente. Les planètes vagabondent et reviennent, elles font aussi tourner la tête de l’adolescent. Il ne sait pas pourquoi, mais l’idée que Vénus met plus de temps à tourner sur elle-même qu’à faire le tour du soleil le fait franchement rire. Qu’est-il pour se moquer des astres ? Il relit ses notes sur les théories de Pythagore et l’harmonie des sphères. Dans la version définitive de son roman, il fera entendre à Jason et Wanda la musique des corps célestes. Solange Passemer ne croit pas à la révolution, dont la définition implique le retour au même point sur l’orbite. Avoue-t-elle que sa méfiance vis-à-vis de telles perturbations de l’histoire est due à son appartenance à un milieu aisé ? Elle n’est pas de ceux qui n’ont rien à perdre – et qui peuvent gagner au moins d...

Exil

Si l’on demandait à Solange de définir l’exil, elle parlerait de mémoire fragmentée. Isidoro ne peut plus recomposer les souvenirs d’avant sous ses pas d’aujourd’hui. Les lieux de sa jeunesse ne lui appartiennent plus. Il a toujours sur lui un plan de Paris. Elle parlerait de cassure. Elle dirait que l’exil, c’est une ligne double du temps qui ne se rejoint plus. Mais qu’est-ce que Solange sait de l’exil ? Isidoro Asconsa reprend des forces auprès d’elle. Il fait le brave. Il fait le beau. Il siffle les filles dans la rue. Elle voudrait qu’ensemble ils fabriquent des souvenirs communs, qu’ils tissent un entrelacs de repères, qu’ils s’inventent une grammaire où Isidoro pourrait se reconstruire une identité. Elle espère sans oser l’exprimer qu’ils partageront leur vie. Il accepte son aide. Mais ils n’avancent pas dans le même espace. Solange perçoit intuitivement autour d’elle la densité des lieux qu’elle a toujours habités – et même si elle a grandi loin de Paris, les noms et les signe...

3 octobre, fête de l'unité

Le 3 octobre 1990, la RDA disparaissait. L'Allemagne était "réunifiée". Mais quelle Allemagne ? Quelle "ré-"Allemagne, quelle "ré"-union, quelle "re"-tour à quelle "ré-"alité ? C'était une Allemagne nouvelle. Elle n'avait jamais existé sous cette forme auparavant. Elle a bientôt trente ans. Comment va-t-elle ? Depuis, le 3 octobre est la fête nationale officielle. Pourquoi ne pas avoir choisi le jour de la chute du mur de Berlin ? Parce que la nuit du 9 au 10 novembre, en 1938, fut une nuit de terreur s'enfonçant un peu plus dans la haine, la mort et la barbarie : nuit de cristal. Je me demande comment on nous parlera, en France, de la chute du mur de Berlin. Je me demande qui, ce jour-là, nous parlera de la nuit de cristal. À suivre...