C'est le mois de mars. Les ampoules diffusent une lumière jaune dans l'appartement de Solange Passemer, dont l’éditeur attend avec impatience le premier jet , pour leur nouveau projet. Sur sa table ovale au plateau de faux marbre, elle écrit avec animation. Elle raconte Berlin sans le mur, ou plutôt avec son mur-gruyère, déchirure désormais béante par les trous duquel passent espoirs et inquiétudes. Sur une étagère est posé un petit bloc irrégulier de béton gris, marqué d'une large trace rouge sur sa face plane, qu'elle a reçu par la poste. Elle s'est étonnée de sa légèreté. Tout le monde commence à avoir chez soi un morceau du mur, cela fait sourire Solange. Elle imagine une salle des ventes où l'on authentifiera avec des certificats d'origine les graffitis sur béton que se disputeront aux enchères une foule d'acheteurs. La spéculation passe déjà ses griffes par les brèches du mur.
Solange est heureuse de posséder ce bout de béton. Ce n'est pas un morceau quelconque. Un jeune appelé de la Volksarmee l'a détaché exprès pour elle. Il a accompagné son présent symbolique d'une longue lettre où Solange a pu lire son désarroi. Pendant six mois, un fusil entre les mains, il avait l'ordre de tirer à vue sur l'égaré qui tenterait de franchir la frontière. Le mur protégeait son pays des attaques subversives du capitalisme. Or le monde se renverse une nuit de novembre. Les boussoles s'affolent. Le soleil soudain ne se lève plus à l'Est. Au milieu de Berlin se dresse un ignoble objet de division qu'il faut abattre au plus vite. On lui donne une pioche au lieu de son fusil, avec l’ordre de démolir ce qu’il devait adorer !
Solange a la vanité de penser que son morceau de mur n'est pas comme les autres. Il est chargé d'amitié. Quelqu’un a pensé à elle en levant son marteau. Elle pense à lui maintenant et les mots qu'elle trace parlent de brèches, de trous, de fissures et d'incertitudes.
Solange est heureuse de posséder ce bout de béton. Ce n'est pas un morceau quelconque. Un jeune appelé de la Volksarmee l'a détaché exprès pour elle. Il a accompagné son présent symbolique d'une longue lettre où Solange a pu lire son désarroi. Pendant six mois, un fusil entre les mains, il avait l'ordre de tirer à vue sur l'égaré qui tenterait de franchir la frontière. Le mur protégeait son pays des attaques subversives du capitalisme. Or le monde se renverse une nuit de novembre. Les boussoles s'affolent. Le soleil soudain ne se lève plus à l'Est. Au milieu de Berlin se dresse un ignoble objet de division qu'il faut abattre au plus vite. On lui donne une pioche au lieu de son fusil, avec l’ordre de démolir ce qu’il devait adorer !
Solange a la vanité de penser que son morceau de mur n'est pas comme les autres. Il est chargé d'amitié. Quelqu’un a pensé à elle en levant son marteau. Elle pense à lui maintenant et les mots qu'elle trace parlent de brèches, de trous, de fissures et d'incertitudes.
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