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Révolutions

Les révolutions font tomber les murs et tourner les étoiles. Pour Jean Descours, le mot « révolution » évoque immanquablement un ciel noir d’été au-dessus d’un plateau alpestre où les astronomes en herbe ont planté leur tente. Les planètes vagabondent et reviennent, elles font aussi tourner la tête de l’adolescent. Il ne sait pas pourquoi, mais l’idée que Vénus met plus de temps à tourner sur elle-même qu’à faire le tour du soleil le fait franchement rire. Qu’est-il pour se moquer des astres ? Il relit ses notes sur les théories de Pythagore et l’harmonie des sphères. Dans la version définitive de son roman, il fera entendre à Jason et Wanda la musique des corps célestes.
Solange Passemer ne croit pas à la révolution, dont la définition implique le retour au même point sur l’orbite. Avoue-t-elle que sa méfiance vis-à-vis de telles perturbations de l’histoire est due à son appartenance à un milieu aisé ? Elle n’est pas de ceux qui n’ont rien à perdre – et qui peuvent gagner au moins de la dignité à se révolter. Dans le milieu où évolue madame Passemer, à part les idéologues naïfs qui croient que le monde peut changer, seuls sont intéressés par la révolution ceux qui y entrevoient un chemin vers le pouvoir. La jeune Solange fut jadis séduite par un de ceux-là. Elle avait vingt ans. Et la révolution formidable qui s’accomplit cet hiver même à l’Est ? Solange croit-elle à la possibilité de rendre le monde meilleur ? Au moins Pavel a-t-il pu rentrer chez lui.

Ça tourne dans la tête de Solange, comme sous les étoiles ou la révolution des planètes. Elle se revoit dans un café parisien, un après-midi d’été. Les pavés ne volaient plus, mais les rues n’étaient pas encore toutes rechaussées. 1968. Elle ressent la même nostalgie aiguë qui l’avait prise alors, sur fond de l’octuor de Mendelssohn que venait de lui faire découvrir une récente connaissance qui s’appelait peut-être bien Marie-Paule. C’était juste avant de partir à Prague, lui souffle la chronologie de sa mémoire. Or dans son souvenir, c’est-à-dire sa pensée restituée, elle ne peut pas dissocier cette image vespérale de l’évocation de Rodolphe. Le passé change au fur et à mesure que le temps avance. De retour de Prague, elle choisira une autre porte dans le labyrinthe de ses choix. Elle se mettra à étudier l’histoire et les sciences politiques au lieu de la langue allemande. Or cette décision n’était-elle pas en germe déjà dans ce café ? Elle n’est plus tout à fait sûre que la répression du Printemps de Prague ait été une cause suffisante de ce changement. Lorsqu’on a vingt ans, n’est-on pas en constante interrogation sur son devenir ? Dans quelques jours elle sera à Prague, elle y part avec un œil curieux et une âme avide de rencontres. Ses souvenirs d’aujourd’hui savent qu’elle y trouvera Rodolphe.

Commentaires

  1. pavés, murs ... j'avais commencé un petit travail sur tous ces murs que construisent les hommes sur la planète, qu'ils soient de pierres ou de barbelés...Il est en plan depuis 10 ans ! J'avais appris plus jeune , qu'il était plus intelligent de construire des ponts ....

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    1. Sur ce sujet de notre temps, la réflexion est nécessaire me semble-t-il. J'espère que vous continuerez ce travail.

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