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Exil

Si l’on demandait à Solange de définir l’exil, elle parlerait de mémoire fragmentée. Isidoro ne peut plus recomposer les souvenirs d’avant sous ses pas d’aujourd’hui. Les lieux de sa jeunesse ne lui appartiennent plus. Il a toujours sur lui un plan de Paris. Elle parlerait de cassure. Elle dirait que l’exil, c’est une ligne double du temps qui ne se rejoint plus. Mais qu’est-ce que Solange sait de l’exil ?
Isidoro Asconsa reprend des forces auprès d’elle. Il fait le brave. Il fait le beau. Il siffle les filles dans la rue. Elle voudrait qu’ensemble ils fabriquent des souvenirs communs, qu’ils tissent un entrelacs de repères, qu’ils s’inventent une grammaire où Isidoro pourrait se reconstruire une identité. Elle espère sans oser l’exprimer qu’ils partageront leur vie. Il accepte son aide. Mais ils n’avancent pas dans le même espace. Solange perçoit intuitivement autour d’elle la densité des lieux qu’elle a toujours habités – et même si elle a grandi loin de Paris, les noms et les signes de la ville lui sont autant de réponses familières. La présence d’Isidoro dans ces lieux n’a rien de cette épaisseur, il est perdu au milieu de correspondances qu’il ne peut établir, il flotte entre un là-bas perdu, et un ici qui est pour lui un ailleurs.

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