Des bourrasques de vent glacial s’engouffrent sous la verrière de la Gare du Nord. Le printemps d’avril 1990 ne s’installe que par intermittence. Solange Passemer attend un train en provenance de Berlin. Elle fait les cent pas pour se réchauffer. Elle pense aux longues lettres qu’elle écrivait à Elsa Köcheln avec son stylo plume, accompagnées de cartes postales ou de menus présents – pas de livres, encore moins de cassettes ; Solange s’y était risqué une fois ; la bande magnétique lui était revenue avec la mention « matériel interdit ». Elle en avait été d’autant plus chagrinée qu’Elsa avait reçu la lettre séparée où Solange avait recopié les paroles des chansons enregistrées. Les deux jeunes femmes tenaient une correspondance assidue. Solange parlait de ses lectures, de sa thèse, un peu de ses amours, elle décrivait minutieusement à Elsa les monuments de Paris, les routes de ses vacances, car elle savait que les yeux d’Elsa ne les verraient jamais. Elsa lui envoyait des cartes postales de Tchécoslovaquie ou de Hongrie. Et des livres magnifiques sur l’architecture de Berlin ou la vie de Jean-Sébastien Bach.
Dans quelques minutes Elsa va mettre le pied sur un quai de Paris ; elle sera en vacances – et non pas en exil comme jadis Pavel Stanek.
Dans quelques minutes Elsa va mettre le pied sur un quai de Paris ; elle sera en vacances – et non pas en exil comme jadis Pavel Stanek.
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