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Flocons

Pour cause de tempête, on a fermé les grilles du jardin du Palais-Royal. Solange le longe sous les arcades. Il y a quelques nuits, au cœur de février, le vent déchiquetait les branches des tilleuls que des hommes en bleu amassent maintenant comme ils peuvent en tristes fagots. Les éléments hurlaient. Au chaud d’un petit appartement de la place des Victoires, les corps de Solange et de son jeune amant s’étaient séparés. Leurs âmes commençaient de s’ouvrir l’une à l’autre, à voix presque basse. La neige tombe sur Paris. Ce soir, lorsque Solange rentrera de la Porte Dauphine, elle aura formé un tapis diaphane sur le sable de ce jardin, brouillé par les traces des branches que l’on aura traînées. La neige reflètera des couches de mémoire suspendues dans la conscience de Solange, qu’elle déroulera peut-être un jour pour les amener jusqu’à l’expression du souvenir. Elle racontera à Jean les flocons de décembre 1981, la voix annonçant à la radio l’état de siège en Pologne. Saura-t-elle alors contenir ses larmes, ou tomberont-elles en hommage à celles qu’elle versait alors sur la neige – sur un amour qui venait d’entrer dans le passé ?

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