Solange Passemer est en retard à un rendez-vous. Elle ne connaît pas bien le quartier. Elle se perd et elle s’énerve. Heureusement, elle trouve sur son chemin un plan. Elle le sait fiable.
Il n’en va pas de même dans les démocraties populaires. A part la Hongrie, qui fournit des cartes routières à peu près exactes, on n’y trouve que des plans volontairement falsifiés. L’étranger égaré dans un quartier périphérique de Prague n’a aucune chance d’arriver à destination si quelqu’un de confiance ne lui a pas fourni d’explications topographiques précises. Le mieux serait encore d’être accompagné par un habitant des lieux, mais ceux-ci se méfient de la surveillance omniprésente du régime et évitent de se faire voir dans la rue en compagnie d’étrangers, ce qui pourrait les mettre en danger. Jamais Solange n’est allée saluer madame Stanekova, la maman de Pavel. Quant aux passants, ils préfèrent se détourner les uns des autres – on ne sait jamais – et passer leur chemin. Rejoindre une adresse représente donc une tâche ardue, d’autant que les repères sont rares : tous les rez-de-chaussée se ressemblent, gris et tristes et vides. On trouve bien dans le centre ville quelques magasins et quelques restaurants, aussi immenses que mal achalandés – encore les Tchèques peuvent-ils s’approvisionner de façon décente en viande et en légumes, ce qui n’est pas le cas de tous leurs voisins, ni de leurs grands frères russes. Mais pas de petites boutiques où coller son nez. Il n’y a pas non plus de musiciens de rue. Solange n’a jamais beaucoup de temps libre lorsqu’elle se rend à Prague. Elle compte ses minutes pour avoir l’occasion de quelques discussions intenses autour de petites tables, chez des gens sans fonction officielle. Il lui arrive cependant de s’ennuyer au bar amplement vide de son hôtel imposant. Elle n’espère plus y voir débouler, comme dans l’hôtel Tatran sur la place Wenceslas en 1968, son ami Pavel Stanek agitant un journal à la main, suivi d’un jeune homme blond qu’il avait omis de lui présenter et qui s’était assis pour boire une bière avec elle.
Dans les rayonnages de la bibliothèque municipale, Jean Descours n’a pas trouvé de guide de la Tchécoslovaquie ; encore moins de plan de Prague. Il ouvre un atlas et se penche dessus. Le nom des villes et le tracé des rivières font naître sous ses yeux des images connues de lui seul.
Il n’en va pas de même dans les démocraties populaires. A part la Hongrie, qui fournit des cartes routières à peu près exactes, on n’y trouve que des plans volontairement falsifiés. L’étranger égaré dans un quartier périphérique de Prague n’a aucune chance d’arriver à destination si quelqu’un de confiance ne lui a pas fourni d’explications topographiques précises. Le mieux serait encore d’être accompagné par un habitant des lieux, mais ceux-ci se méfient de la surveillance omniprésente du régime et évitent de se faire voir dans la rue en compagnie d’étrangers, ce qui pourrait les mettre en danger. Jamais Solange n’est allée saluer madame Stanekova, la maman de Pavel. Quant aux passants, ils préfèrent se détourner les uns des autres – on ne sait jamais – et passer leur chemin. Rejoindre une adresse représente donc une tâche ardue, d’autant que les repères sont rares : tous les rez-de-chaussée se ressemblent, gris et tristes et vides. On trouve bien dans le centre ville quelques magasins et quelques restaurants, aussi immenses que mal achalandés – encore les Tchèques peuvent-ils s’approvisionner de façon décente en viande et en légumes, ce qui n’est pas le cas de tous leurs voisins, ni de leurs grands frères russes. Mais pas de petites boutiques où coller son nez. Il n’y a pas non plus de musiciens de rue. Solange n’a jamais beaucoup de temps libre lorsqu’elle se rend à Prague. Elle compte ses minutes pour avoir l’occasion de quelques discussions intenses autour de petites tables, chez des gens sans fonction officielle. Il lui arrive cependant de s’ennuyer au bar amplement vide de son hôtel imposant. Elle n’espère plus y voir débouler, comme dans l’hôtel Tatran sur la place Wenceslas en 1968, son ami Pavel Stanek agitant un journal à la main, suivi d’un jeune homme blond qu’il avait omis de lui présenter et qui s’était assis pour boire une bière avec elle.
Dans les rayonnages de la bibliothèque municipale, Jean Descours n’a pas trouvé de guide de la Tchécoslovaquie ; encore moins de plan de Prague. Il ouvre un atlas et se penche dessus. Le nom des villes et le tracé des rivières font naître sous ses yeux des images connues de lui seul.
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