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Une fenêtre noire (Paris, 9 novembre 89)

La ligne du téléphone laisse passer un long blanc. Et puis Solange pleure, elle rit en même temps, elle hoquette avec Françoise et peut-être prononcent-elles le mot "incroyable".
Solange se met à la fenêtre, comme elle le fait souvent. Elle veut prendre part à la fête. Rien. Paris est noir, Paris est silencieux au-delà des toits qui bordent la petite cour. Il est minuit peut-être, et Solange sent sur son cou les battements de ses veines ; il se passe quelque chose d'immense et elle est seule, incapable de refermer la fenêtre malgré le froid de novembre. Elle se sent exclue. Elle voudrait sortir, marcher sur le Ku-dam au milieu d'une foule insolite.
Le téléphone recommence à sonner, et les lumières de Berlin vont tenir Solange éveillée toute la nuit. Grisée par les messages radiophoniques et les voix au bout du fil, elle partage des heures de liesse. Elle n'est plus seule dans son appartement, les sirènes chantent dans les ondes autour d'elle. Elle trinque à leur santé – une demie bouteille ! Elle pourra raconter qu'elle a participé à l'incroyable chute du mur de Berlin.

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