Solange a vingt ans. Elle marche rue Paryska, elle va chez Pavel. Elle ne sait pas où est Rudolph. Elle pense à la nuit qu’ils ont partagée près du palais de Wallenstein, aux rares mots d’amour qu’ils se sont murmuré en allemand. Est-il tchèque ? Est-il allemand ? Elle se demande si Pavel avait parlé d’elle à son fugace compagnon, qui lit le même livre qu’elle. Elle continue de suivre dans le roman de Leo Perutz l’histoire de l’empereur Rodolphe et ses amours avec la belle juive. Parlera-t-elle de Rudolph à Pavel ? Sur le trottoir de la rue Paryska, elle entend une voix crier derrière elle : « Esther ! Esther ! » Elle ne se retourne pas. Elle pense à lui, pourtant, mais elle ne comprend pas d’abord que ces cris sont pour elle, car elle s’appelle Solange Passemer et ne s’est jamais connu d’autre nom. Rudolph la rattrape : « Wohin gehst-Du so schnell ? », où t’en vas-tu si vite ? Je vais chez Pavel. Je t’accompagne. Or Pavel n’est pas chez lui. Ils décident de le chercher, ils vont tenter leur chance à l’Université. En chemin ils se présentent. Rudolph s’appelle Marc Lavalle, « Lavalle, deux l, e. » Il vient de Paris. Ils rient. A Prague, le printemps vient à peine de faire place à l’été. Paris est loin. Ils continuent de se parler en allemand. Et toutes les nuits qui suivent, c’est dans cette langue qu’Esther murmure à Rudolph son émoi suscité par les infinies découvertes de leur corps à corps.
Trente ans après, réflexion et fiction autour de la chute du mur de Berlin
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